Pour la plupart des voyageurs — et pour beaucoup d'acheteurs — « la médina », c'est Jemaa el-Fna : la place, ses chevauchées de scooters, ses charmeurs de serpents, les vendeurs de jus d'orange à 10 dirhams qui crient depuis seize heures. Beaucoup repartent en pensant que c'est ça, vivre dans la médina. Ils n'ont pas tort : c'est une manière de la vivre. Mais à cinq minutes de marche, il y en a une autre, plus discrète, et nettement plus tenable au long cours.

Où ça commence, où ça finit.

Sidi Bouloukat est un derb (une ruelle close) qui part vers l'est de la rue Riad Zitoun el-Kedim. On y entre par une arche basse, on descend deux marches, et la lumière change : la ruelle est étroite, presque sombre à midi, fraîche en juillet, presque silencieuse même quand la place gronde à 200 mètres. Quelques chats. Quelques femmes qui sortent leur poubelle. Une boulangerie traditionnelle au four à bois — mais celle de Sidi Bouloukat allume à 5h, pas à 4h, on a vérifié.

Qui y vit.

Le quartier est mixte : familles marocaines de classe moyenne, quelques retraités français des années 2000, deux maisons d'hôtes, une auberge de jeunesse plutôt calme tenue par un Italien. Le moqaddem, Si Mohamed, est arrivé en 2003 et tient le derb à la perfection. Si vous achetez ici, vous lui devez un thé tous les six mois — un investissement humain qui rendra votre vie possible.

Les commerces sont fonctionnels, pas touristiques : la hanout de Hassan vend du pain, des yaourts, des allumettes, du sel, et une dizaine de marques de boissons gazeuses. La pharmacie de Mme Bouchaib est ouverte jusqu'à 22h. Le coiffeur du coin coupe à 30 dirhams. Il n'y a aucune boutique d'argan oil for tourists, aucune galerie de tapis berbères. C'est l'un des derniers derbs de Marrakech intra-muros où on peut faire ses courses sans être étranger à son propre voisinage.

La règle d'or de la médina : si vous voyez trois bazars de tapis dans votre ruelle, vous n'êtes pas chez vous — vous êtes dans une zone touristique.

Pourquoi c'est intéressant pour un acheteur.

Sidi Bouloukat est dans la première couronne touristique — à 5 minutes à pied de Jemaa el-Fna et 8 minutes du Palais Bahia. Les voyageurs notent « central » sans hésiter. Mais le derb lui-même est calme : les annonces Airbnb autour de 65 € la nuit y reçoivent en général des notes 4,9 sur 5 sur le critère « tranquillité », ce qui est rarissime en médina. Cette équation — central + calme — est ce qui fait monter le prix de revente. Vous achetez un riad ici en 2026 pour 1,2 million de dirhams, vous le revendez en 2031 pour 1,5 ou 1,6 sans difficulté. C'est un quartier qui se valorise lentement mais sûrement.

Pourquoi c'est intéressant pour un voyageur qui choisit son riad.

Pour un voyageur qui n'aime pas le bruit, le derb Sidi Bouloukat est l'une des rares poches de calme à dix minutes à pied de Jemaa el-Fna. Pour un voyageur en famille, c'est un quartier où les enfants peuvent traverser la ruelle pour acheter une glace sans qu'on s'inquiète. Pour un photographe, la lumière de fin d'après-midi sur les murs de tadelakt rouge orangé y est exceptionnelle — quasiment cinématographique entre 17h et 18h en hiver.

Si nous ne devions recommander qu'un seul derb à un primo-acheteur étranger en 2026, ce serait celui-là. Pas Mouassine (trop touristique). Pas Bab Doukkala (trop bruyant côté place). Sidi Bouloukat. C'est le quartier qui ressemble le plus à ce que les acheteurs imaginent quand ils se disent « j'aurais aimé acheter à Marrakech il y a vingt ans ». Or il y a vingt ans n'a jamais existé. Il y a maintenant.


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